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Perspective historique

 

 

Un ministère d’avant-garde
Rev. Bill Jay, MCM Directeur 1975-1988

Alors que la Mission communautaire de Montréal (MCM) célèbre cent ans de service au cœur de Montréal, je repense aux treize années que j’y ai passées comme directeur général, et aux quinze années que mon prédécesseur, le pasteur Egerton Armstrong, y a servi à titre de premier directeur à temps plein (1960–1975). Ce qui me frappe surtout, c’est la réponse toujours renouvelée de la MCM aux défis de l’heure, et la capacité de l’Église Unie, au fil de ces années, à toujours mieux comprendre la théologie contextuelle et libératrice.

Notre cheminement vers un ministère de justice et d’autonomie (de mon temps, on aurait dit « l’évolution de la charité vers la justice ») a puisé inspiration, encouragement et soutien à diverses sources.

À l’échelle nationale, la formation et le soutien du personnel ordonné et laïc œuvrant dans des ministères urbains comme la Mission communautaire de Montréal étaient assurés par le Canadian Urban Training Project for Christian Service (CUT) et le Urban Core Support Network (UCSN). À partir des années 60, ces initiatives œcuméniques ont façonné une toute nouvelle génération de praticiens et praticiennes du ministère urbain dont l’analyse et l’approche communautaires du ministère favorisaient le leadership local.

Localement, le comité Église et société du Consistoire de Montréal et l’Association des femmes de l’Église Unie (UCW) au niveau du consistoire étaient vivement intéressés à appuyer et encourager cette façon de voir le ministère communautaire à la MCM. En 1975, lorsque le conseil d’administration de la MCM a voulu trouver un successeur pour son premier directeur à temps plein qui s’apprêtait à prendre sa retraite, il a cherché des candidats parmi les personnes ayant ce genre de formation et d’expérience de ministère transformateur. (Or, par bonheur, j’avais acquis cette formation et cette expérience pratique au début des années 70, alors que j’étais directeur général du North End Community Ministry, à Winnipeg.)

Lorsque le conseil d’administration de la MCM m’a invité à considérer la succession du pasteur Egerton Armstrong, j’ai quitté Winnipeg pour rentrer à Montréal. J’étais alors directeur de planification et de recherche au ministère de l’Éducation du Manitoba. À l’époque, le gouvernement NPD offrait d’audacieuses possibilités éducatives aux résidents urbains, aux communautés éloignées et du Nord, aux femmes et aux autochtones des Premières nations. La plateforme de l’Évangile social et celle du NPD du Manitoba avaient alors de nombreux points en commun!

Ce large appui de l’Église à l’échelle nationale et locale nous a permis – au C.A. de la MCM et à nous le personnel qui ouvrions ce chapitre de son histoire au milieu des années 70 – de lancer de nouveaux et stimulants projets répondant aux besoins des individus et de la collectivité. Pour illustrer ce passage de la charité à la justice et à l’autonomie, rappelons notre ministère auprès des sans-abri. Beaucoup au sein de l’Église Unie du Grand Montréal se souviendront de nos dimanches soirs au Centre de service pour hommes de la Mission communautaire, au-dessus de l’ancienne poissonnerie, en bas de la rue Saint-Laurent. Littéralement, des centaines d’hommes sans-abri venaient assister à la célébration après laquelle des sandwiches, desserts et cafés étaient servis par les femmes de la UCW des paroisses du Consistoire de Montréal et leurs époux. Le Centre était aussi ouvert les jours de semaine, offrant des vêtements, des conseils et un repas à des centaines (oui, encore !) d’hommes nécessiteux dont la multitude semblait sans fin. La question surgissait, inévitable : « Qu’arrive-t-il de ces hommes quand ils repartent du Centre avec un sandwich et un café, ou une pièce de vêtement d’occasion? »

Grâce à nos conversations avec les gens qui venaient au Centre et avec d’autres refuges et résidences desservant cette population, nous avons mieux saisi l’ampleur des défis que vivent les sans-abri, en particulier l’urgente nécessité de logements convenables, abordables et favorables à l’autonomie et à la prise en main de leur vie. Mais comme il existait d’autres services similaires de première ligne, le C.A. de la MCM décida d’ouvrir un plus petit centre de jour appelé l’Entente. Là, les hommes avaient réellement leur mot à dire sur les activités et les heures d’ouverture, et aidaient à planifier et préparer les repas. Ils s’engagèrent dans le premier projet d’habitation à but non lucratif et autogéré de la Mission, sur la rue Laval. Cette dernière initiative a rapidement débouché sur l’ouverture d’un poste à temps plein de responsable du logement et a finalement évolué vers la création plus de 1000 unités de logement supervisés, sans but lucratif et à long terme, pour des personnes à faible revenu, difficiles à loger, proches de la rue, ou aux prises avec des problèmes de santé mentale. (Paula Kline, la première personne à occuper ces fonctions, est aujourd’hui directrice générale de la MCM. Lorna Willey, secrétaire du conseil des anciens à l’Église Unie St. James, est directrice adjointe de l’un de ces projets, la Maison Saint-Dominique, qui accueille aujourd’hui plus de 75 résidents répartis dans quatre lieux différents.)

Le camp de jour d’été Inner City Summer Day Camp (ICSDC), un projet œcuménique alors chapeauté par huit églises du centre-ville, a lui aussi évolué vers un modèle de responsabilisation. À l’époque, le personnel était composé surtout d’étudiants et étudiantes universitaires habitant à l’extérieur de la ville, pour qui ce milieu constituait une toute nouvelle expérience. Il fut alors décidé d’ouvrir ces emplois d’été à des jeunes du quartier, de leur offrir une expérience de formation continue en leadership et de les aider à remplir adéquatement leurs fonctions. Non seulement avons-nous ainsi offert des emplois d’été dont ces jeunes issus de familles à faible revenu avaient grandement besoin, mais il en est sorti des jeunes leaders prometteurs et de solides modèles pour les jeunes des camps de jour.

Outre le soutien global des membres de l’Église Unie aux niveaux local et national, une foule de personnes remarquables – au C.A. et parmi le personnel et les stagiaires en ministère – ont rendu possibles toutes ces années de progression tellement stimulante. Je pense au Dr Helen Hanna et à Joy McKenzie, nommées par l’UCW au C.A. de la Mission communautaire, qui ont fait naître et nourri, dans les paroisses, un solide appui en faveur des nombreux changements dans la forme de notre ministère. Le personnel regorgeait de gens créatifs, énergiques et bienveillants, dont Paula Kline qui poursuit son ministère à la MCM depuis plus de vingt-cinq ans. Beaucoup de nos stagiaires – comme Craig Chaplin, Christopher Ferguson, Diane Walker, Rob Oliphant, Barbara Bryce, Doug Norris et Jesse Doyon –, ont poursuivi, après leur ordination, un ministère enrichi par leur expérience à la Mission. Marian Charles, bibliothécaire à la succursale de la bibliothèque de l’Hôpital de Montréal pour enfants sise dans notre immeuble (Macdonald House) et devenue ensuite administratrice de notre bureau, a décidé de devenir pasteure de l’Église Unie après que ce ministère évolutif et dynamique lui en eut donné l’inspiration. Beverly Clark Santana, que j’ai connue au début des années 60 (elle était une jeune CGIT, et moi stagiaire à la MCM) et qui est devenue elle aussi administratrice du bureau de la Mission, est partie assurer le leadership liturgique laïc et le rôle de représentante laïque au Consistoire pour la charge pastorale de Trinity-Anjou.

En décembre 2004, la Mission communautaire a emménagé dans l’historique Église Unie St. James, comme en avait longtemps rêvé mon prédécesseur, le pasteur Egerton Armstrong. À son arrivée comme directeur de la MCM, au début des années 60, voyant la tâche colossale du déménagement de la Mission dont les locaux de la rue De Bullion décrépissaient et s’effritaient, le pasteur Armstrong avait d’abord proposé de déménager la Mission communautaire de Montréal et l’Église Unie Saint-Jean à St. James. Les autorités de l’Église ayant catégoriquement refusé, la Mission a fini par emménager dans un nouvel immeuble (Macdonald House), sur la rue Saint-Dominique. Mais l’idée avait été semée, et aujourd’hui la Mission communautaire de Montréal et les bureaux des Ministères en français de l’Église Unie du Canada logent sous le toit de l’église St. James!

Voilà les réflexions que j’offre à la fois comme tribut au mouvement de l’Esprit qui anime ceux et celles d’entre nous qui ont eu le privilège de vivre leur ministère à la Mission communautaire de Montréal, et comme encouragement au C.A. et au personnel actuels qui continuent de vivre une vision de justice pour tous et toutes au cœur de cette grande cité.
Bill Jay, pasteur
Montréal (QC)