Lutte contre l'Oppression

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Lutte contre l'Oppression

Je ne ferai aucune discrimination sur la base de la race, de la religion, de l'âge, du sexe, de l'origine ethnique ou de l'orientation sexuelle et me ferai un devoir de prévenir et d'éliminer toute forme de discrimination.


Mission Communautaire de Montréal, Code d'éthique

Préambule:
La Mission Communautaire de Montréal (McM) reconnaît que l'oppression est ancrée dans toutes les sphères de notre société. En tant qu'organisme, nous nous efforçons non seulement de tolérer, mais de mettre en valeur les différences de genre, d'ethnicité, de nationalité, de religion, d'orientation sexuelle, d'habiletés, de classe, d'âge et d'opinion. Dans un climat grandissant de peur et d'intolérance, nous croyons fermement que chaque être humain a le droit fondamental au respect, à la dignité et à la liberté. La déclaration de notre politique de lutte contre l'oppression a pour but de promouvoir un environnement propice à la diversité et à l'inclusion, et d'établir des structures permettant de dévoiler, de répondre et ultimement d'éradiquer la discrimination dans toutes les facettes de notre organisme.

En travaillant auprès des réfugiés, nous pouvons constater que le droit d'exprimer toutes les facettes de notre identité sans craindre la persécution est un privilège que nous tenons souvent pour acquis au Canada. Aussi chanceux que nous puissions nous sentir dans cette société relativement sécuritaire et ouverte, la discrimination a été l'un des fondements de nos structures de pouvoir social, économique, éducatif et culturel. Nous devons l'avancement de notre culture de la diversité à la résistance des peuples opprimés, au fil de l'histoire de notre nation; des peuples tels les Autochtones et les Inuits, les immigrants et les réfugiés, les handicapés physiques et intellectuels ainsi que les pauvres et les femmes, pour n'en nommer que quelques-uns. Travailler de façon pratique à la lutte contre l'oppression, c'est à notre avis rendre hommage aux luttes et aux sacrifices du passé, tout en prônant de nouvelles pratiques d'inclusion.

Dans toutes ses années d'existence, la McM a évolué d'un modèle traditionnel de charité vers un modèle d'empowerment. Nous recherchons sans cesse la façon de refléter ces changements dans nos pratiques. Le désir d'implanter une politique de lutte contre l'oppression prend racine dans notre partenariat avec le département de travail social de l'Université de Swansea, au Pays de Galles. Des étudiants Gallois font des stages pratiques à la McM depuis 1998, et nous ont permis d'intégrer le cadre théorique de leur politique de lutte contre l'oppression au modèle de terrain de la McM. La politique de lutte contre l'oppression englobe ce que la McM s'efforce de faire, en créant et en assurant un lieu de travail dans lequel on s'attend à ce que les étudiants et le personnel questionnent et défient les suppositions, dans lequel on est conscient des relations de pouvoir et de la façon dont elles s'exercent dans un contexte de travail, et enfin dans lequel on peut développer et mettre en pratique des frontières professionnelles.

La McM a développé des outils permettant d'encourager la transformation personnelle et collective, tels nos politiques de Collégialité et de Dynamiques interpersonnelles, appliquées en milieu de travail. La politique de Collégialité dicte la façon dont le personnel de la McM doit être outillé « pour développer le leadership, prendre l'initiative et créer une vision permettant de comprendre comment les structures peuvent être plus libératrices et favoriser l'inclusion ». Par la promotion d'un environnement dans lequel la communication est ouverte et dans lequel la confrontation positive devient une « norme », la McM s'efforce de soutenir une culture organisationnelle saine, où l'action et la réflexion sont en constante évolution.

En accord avec le désir de maintenir l'esprit de réévaluation et de réinvention, la McM a établi une politique de lutte contre l'oppression dans le but de clarifier nos méthodes et idéaux de pratique. S'il survient une situation dans laquelle la discrimination est en jeu, peu importe laquelle, nous espérons offrir à ceux qui sont concernés des outils concrets leur permettant d'explorer et d'intégrer des pratiques progressistes. En communiquant clairement et en pratiquant nos politiques, nous espérons offrir un cadre dans lequel les processus d'interrogation et d'apprentissage sont continus et dynamiques. Les politiques de la McM sont alimentées et façonnées par les voix de notre Conseil d'administration, de notre personnel, des étudiants, des membres de la communauté, des bénévoles et des résidents de notre foyer d'hébergement temporaire pour les réfugiés, le Projet Refuge. En tant que Ministère de justice sociale et de solidarité de l'Église Unie du Canada, la McM a une longue tradition de pratique de lutte contre l'oppression, et elle a été développée pour combattre l'exclusion des femmes, des peuples autochtones, des minorités visibles, des gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels. L'apport constant de nouvelles idées est toujours bienvenu à la McM, plus particulièrement lorsque ces nouvelles idées défient nos suppositions et nos biais. En se basant sur notre expérience passée et en considérant les suggestions des membres de notre Conseil d'administration, de notre personnel, des étudiants et des résidents, antérieurs et actuels, puis en nous incorporant aux ressources communautaires adéquates, nous avons identifié le besoin d'établir une politique de lutte contre l'oppression dans le but d'assurer et de concrétiser des pratiques communautaires progressistes. En prévoyant les zones potentielles de conflit, nous encourageons un mode de pratique prescriptif et préventif plutôt qu'un mode de pratique réactif.

Description de la problématique:
La discrimination est un acte de traitement différentiel envers un groupe ou un individu au sein d'un groupe et qui désavantage habituellement cet individu ou ce groupe. Qu'elle soit fondée sur la race, le genre, l'orientation sexuelle, la religion ou la différence de classe, pour n'en nommer que quelques-unes de ses formes, la discrimination agit en affaiblissant la capacité d'action de ceux qui ne cadrent pas dans le courant ou la culture dominante en tant que « norme ». Au sein de la société canadienne, la culture dominante tend à être blanche, anglophone, de classe moyenne à élevée, valide, hétérosexuelle et chrétienne. Ceux qui ne cadrent pas dans l'une de ces catégories sont désavantagés en ce sens que leur expérience en tant que membres de la société est marquée par la discrimination : au lieu d'être considérés pour leur mérite individuel ou des circonstances spécifiques, ceux-ci font face à des préjugés qui nuisent à leur inclusion et à leur intégration dans la société.

Les réfugiés et les immigrants sont des populations sujettes à la discrimination au sein de la société canadienne. Provenant de divers milieux, ayant souvent dû faire face à plusieurs formes de persécution, à la pauvreté et à la privation de leurs droits, ils peuvent faire face à davantage d'oppression à leur arrivée au Canada et risquent souvent de se retrouver isolés. Leurs expériences de migration/immigration, d'adaptation et d'intégration sont toutes affectées par la discrimination. La législation canadienne, ses politiques, ses institutions sociales et ses normes culturelles ont un héritage tragique de racisme et de xénophobie. En établissant que la discrimination est systémique et ancrée dans nos structures sociales, la McM reconnaît la nécessité d'exposer et de défier les formes de discrimination qui subsistent et qui façonnent nos vies et notre monde, ce dans l'accomplissement de tous ses programmes (Réfugiés, Hébergement, Camp de Jour, Stages d'étudiants, Solidarité, programme Solutions Justes et nouveaux programmes) et dans sa collaboration avec des réseaux et des coalitions cherchant à opérer un changement dans les structures sociales. Par son contact et son travail auprès des réfugiés et des immigrants, la McM est particulièrement confrontée à l'expérience et à la douleur de ceux qui vivent avec la crainte quotidienne de la discrimination. En voyant ce qu'il faut faire pour avoir accès aux services sociaux, à l'assurance-maladie, à l'éducation et au logement, au difficile et souvent humiliant processus de demande de statut de réfugié ou de statut d'immigrant, il est évident qu'il reste beaucoup de chemin à faire avant de parvenir à l'égalité d'opportunité, d'accès et de participation à la société canadienne.

Énoncé de départ:
La McM s'engage à l'élimination de toute forme de discrimination, qu'elle se manifeste au sein des systèmes dans lesquels nous opérons, dans les vies de ceux que nous cherchons à aider ou dans nos pratiques en tant que travailleurs communautaires.

Énoncé de ses objectifs:
La McM s'engage à entretenir des pratiques de lutte contre la discrimination en:
-Suivant la philosophie de l'empowerment et en travaillant aux côtés de ceux qui luttent contre la pauvreté et l'exclusion sociale, dans le but d'avoir accès à des ressources adéquates et d'effectuer des changements tant au niveau personnel que structurel
-Établissant des lignes directrices claires à l'attention du personnel, des étudiants et membres du Conseil d'administration dans nos diverses politiques (Code d'éthique, Collégialité, Dynamiques Interpersonnelles et de Politique de lutte contre l'oppression)
-Mobilisant la participation et en encourageant la collaboration avec des projets portant sur des problèmes de justice sociale avec divers réseaux et coalitions
-Recherchant des solutions permanentes aux différents problèmes socioéconomiques affectant les réfugiés, les sans-abri, les familles à faible revenu, les personnes seules et/ou les jeunes
-Établissant des relations de travail avec des groupes de l'église, des agences gouvernementales, des organismes communautaires et le milieu des affaires dans le but d'avoir accès aux ressources, de défier les barrières existantes et d'encourager des politiques progressistes
-Partageant l'accès aux ressources disponibles et en disséminant l'information permettant de sensibiliser et de politiser les Canadiennes et Canadiens à la problématique de la discrimination et de son effet sur les populations marginalisées.

Stratégie d'implantation:

Gouverne:
La McM suit un modèle de travail collégial, en suivant une philosophie et une pratique de « responsabilisation mutuelle dans laquelle chacun est valorisé pour sa propre diversité et ses ressources et équitablement responsable du bien-être collectif de l'équipe » (Politique de Collégialité de la McM, 1999). Tout le personnel - étudiants, bénévoles et membres du Conseil d'administration - est appelé à s'engager dans le processus continu d'établissement et de maintien de relations de travail collégiales. La politique de Collégialité de la McM définit clairement deux niveaux : (inter)personnel et structurel; au sein desquels des efforts doivent être déployés en vue d'opérer le changement. C'est précisément à ces niveaux que la McM concentre une "lentille de diversité" dans le but de favoriser un esprit d'inclusion et de croissance favorable à des pratiques de lutte contre la discrimination.

Au niveau (inter)personnel, la façon dont est promulguée la collégialité (par le biais de la conscience de soi et des aptitudes de communication - écoute active, confrontation positive, résolution de conflit, etc.) constitue le lieu de mise en pratique des outils de lutte contre l'oppression. Par exemple, les étudiants doivent, dès qu'ils s'engagent dans leur rôle, écrire les objectifs d'apprentissage qu'ils entendent atteindre, et identifier les endroits qui laissent place à l'amélioration. On les encourage à élargir le point de vue traditionnel des objectifs d'apprentissage du travail social, basé sur l'acquisition d'habiletés, afin d'inclure et de valoriser le développement personnel. Ce faisant, les étudiants peuvent explorer d'eux-mêmes leurs propres suppositions et biais, qui agissent comme des barrières aux pratiques de lutte contre l'opression. En permettant la création de structures qui impliquent et encouragent le personnel, les étudiants et les bénévoles de la McM dans un processus continu de travail personnel en vue de comprendre les notions de privilège, de pouvoir et de dynamiques interpersonnelles, la McM reconnaît que la pratique de lutte contre l'oppression débute avec la compréhension de nous-mêmes.

En explorant le potentiel des pratiques de lutte contre l'oppression au sein de la structure organisationnelle, en plus d'apprendre des erreurs du passé, la McM adopte des mesures préventives qui évitent ou éliminent la discrimination. Au niveau structurel, la Politique de Collégialité (McM, 1999) stipule que « des efforts doivent être déployés pour mettre de l'avant des pratiques organisationnelles justes et équitables qui encouragent la participation de tous », en utilisant des méthodes telles que la prise de décision collective, des réunions inclusives et la participation du personnel au Conseil d'administration. En outillant et en impliquant le personnel, les étudiants et les bénévoles à la gestion et à la direction de l'organisme, la McM met en pratique une culture de diversité et d'ouverture. Cette façon de faire fait en sorte que l'accès à l'information, aux services, aux droits et aux lieux de pouvoir est partagé entre les employés, les étudiants, les bénévoles, les résidents et les autres qui sont en contact avec l'organisme. Robert Mullaly (1993) suggère que l'objectif à petite échelle qui consiste à démocratiser davantage les organismes et à permettre à la connaissance d'être plus accessible aux « clients » autant qu'aux « travailleurs », par exemple, sont les premiers pas à suivre pour sensibiliser les gens à grande échelle. Comme Mullaly (p.200) l'écrit de façon si éloquente, « nous avons besoin de la vision d'une société plus humanisée pour focaliser nos efforts ». En maintenant la vision à long terme du changement social, la McM croit que pour qu'un organisme adopte et mette de l'avant une politique de lutte contre la discrimination, il doit d'abord être démocratique, diversifié et responsabiliser tous les membres qui y sont impliqués.

Programmes:
À la McM, la pratique de lutte contre l'oppression s'exprime d'abord par le choix de nos programmes. Que ce soit en offrant un hébergement temporaire aux réfugiés, en encourageant des projets innovateurs d'habitation sans but lucratif, en offrant un Camp de Jour au Cœur de la Ville dynamique et rentable, pour n'en nommer que quelques-uns, les programmes de la McM démontrent le dévouement de la McM auprès des populations marginalisées. Comme le démontre le livret expliquant l'évolution de la McM (Story of McM Vol.3, 25 Years of Empowerment Ministry 1978-2003), le fait d'entrevoir l'empowerment à travers la lunette de la justice sociale veut dire « viser la modification des conditions structurelles afin de relocaliser le pouvoir et de permettre davantage de possibilités à ceux qui sont traditionnellement exclus et marginalisés ». Les différents programmes élaborés par la McM cherchent à répondre aux besoins non comblés par d'autres services sociaux et à défier la discrimination et l'inégalité ancrées dans nos structures sociales. Plutôt que de simplement être un service social communautaire qui comble les lacunes, la McM tente d'offrir des alternatives qui résistent et transforment les systèmes discriminatoires. La diversité des programmes de la McM reflète la déclaration de la mission : « permettre ce passage de l'exclusion à la participation », ce qui ne peut être fait qu'en éradiquant la discrimination.

La décision de mettre sur pied un programme d'aide aux réfugiés au début des années quatre-vingt-dix est né du travail de la McM effectué auprès des sans-abri, et du constat que les réfugiés constituaient une population vulnérable et isolée ayant peu accès à des services juridiques et sociaux. Après toutes ces années passées à opérer le Projet Refuge et à prôner pour les droits des réfugiés, le personnel et les étudiants de la McM ont acquis une expérience précieuse en travaillant auprès des nombreux réfugiés qui ont fréquenté l'organisme. Les politiques et les pratiques de la McM sont alimentées et façonnées par cette expérience - tel qu'en témoigne la politique de Dynamiques interpersonnelles portant sur les frontières professionnelles – et sont empreintes de sa mission omniprésente de promotion de la justice sociale. On s'attend à ce que le personnel, les étudiants et les bénévoles connaissent et soient à l'aise avec l'intégration active de la sensibilité aux différences ethnoculturelles dans leur travail. La McM encourage et met de l'avant l'éducation portant sur le privilège racial, la contextualisation globale des inégalités et la problématique du racisme institutionnel dans les politiques sur les réfugiés et l'immigration. Voice quelques-uns des outils, en-deçà du vaste réseau de ressources communautaires, que la McM utilise pour promouvoir un environnement libre de toute discrimination et où la diversité est intégrée et valorisée.

Éducation continue:

La McM s'engage à continuer d'éduquer le personnel, les étudiants, les bénévoles et la communauté élargie au sujet des politiques de lutte contre l'oppression en utilisant les méthodes suivantes :
•Ateliers – assurer la participation obligatoire aux ateliers de tous les nouveaux étudiants stagiaires, moniteurs et moniteurs-en-formation prenant part aux sessions de formation du Camp de jour
•Participation au réseau et à la coalition – poursuivre un engagement continu dans l'action politique contre la discrimination
•Centre de ressources de la McM – assurer la collecte de littérature portant sur les politiques et les pratiques de lutte contre l'oppression afin de l'utiliser comme référence
•Publication d'articles – assurer le processus de réflexion sur la recherche, les politiques et les pratiques de lutte contre l'oppression
•Participation à des exposés et des conférences – partager les politiques et autre documentation portant sur la lutte contre l'oppression avec les institutions d'enseignement, les services sociaux, l'église et les cercles communautaires
•Éducation populaire – soutenir les organismes impliqués dans l'éducation populaire sur les pratiques de lutte contre l'oppression et rechercher sans cesse de nouvelles occasions où la McM peut s'impliquer.

Outils:

-Un dépliant exposant, en des termes clairs et accessibles, les grandes lignes de la politique de lutte contre l'oppression de la McM, traduit en français et en espagnol
-Des affiches/autocollants sur les murs des locaux de la McM mettant en valeur la diversité et qui allouent un espace sûr aux diverses populations (ex. : un triangle rose ou une image d'arc-en-ciel indiquant un environnement positif pour les gays, lesbiennes et transsexuels)
-De l'nformation portant sur les politiques de lutte contre l'oppression disponible sur le site Internet de la McM
-Des ateliers portant sur les pratiques de lutte contre l'oppression incluant des exercices appropriés (utilisés pour les programmes de formation du Camp de jour et des stages pour les étudiants)

Suivi/Responsabilisation:

-Réflexion continue, développement de politiques et de nouveaux modèles organisationnels; révision périodique des programmes par le Conseil d'administration et le personnel, apport des nouveaux étudiants de stages sur une base annuelle Domaines en croissance constante:
-Développer des outils davantage concrets pour l'intégration et l'éducation de politiques de lutte contre l'oppression
-Articuler la politique d'embauche comme faisant partie d'une politique de lutte contre l'oppression
-Inclure les histoires de vie dans les politiques et/ou les ateliers
-Développer un protocole de gestion de la discrimination au sein de la McM
-Articuler une théologie de politiques de lutte contre l'oppression

Ouvrages cités:
Beardmore, S., Kline, P., & McM staff (2003). The Story of Montreal City Mission, vol 3. 25 Years of Empowerment Ministry 1978-2003
McM Code of Ethics (1998)
McM Collegiality Policy (1999)
McM Interpersonal Dynamics at the Workplace (2001)
Mulally, R. (1993) Structural social work: ideology, theory, and practice. Toronto, ON: McClelland & Stewart.